Lost Media, l'ennui sous toutes ses formes
Timothée Hochet est de retour, pour mieux vous endormir.
Dix ans après sa série Calls, également diffusée sur Canal+, Timothée Hochet est de retour avec un nouveau projet toujours aussi atypique, baptisé Lost Media. Ici, pas d’épisodes qui reposent uniquement sur l’audio, comme Calls (qui connaîtra un remake américain vite oublié sur Apple TV). Mais plutôt un enchaînement de "vidéos perdues" (si on se fie au titre), qui sont liées entre elles par une trame plus générale, mais tout aussi obscure.
Je n’avais pas du tout aimé Calls. J’avais trouvé ça prétentieux et surtout ennuyeux à mourir. Ça ne jouait pas bien, et l’aspect podcast premium vaguement illustré m’avait énervé. Je ne m’attendais donc pas à grand-chose devant Lost Media, et pourtant… j’ai quand même été déçu.
J’ai découvert le premier épisode par hasard, sur YouTube (les deux premiers sont offerts gracieusement par Monseigneur Bolloré), et j’y suis allé à l’aveugle.
Intitulé "Love Story", le pilote est entièrement composé d’images de surveillances. On y suit une jeune femme passionnée de piano, qui, au fil des mois et des années, va tomber amoureuse, devenir mère, et renier malgré elle sa passion pour la musique. L’ambiance est étrange (on lorgne du côté de Paranormal Activity), le travail sur le son est plutôt réussi. Et je dois reconnaître que l’ensemble, bien que court (12 minutes maximum, générique inclus) est intriguant… du moins jusqu’au twist final, que je ne spoilerai pas ici.
Car très vite, la série tombe dans les mêmes travers que Calls. Les inspirations sont nombreuses, mais Timothée Hochet (accompagné ici de Lucas Pastor) est trop sage, trop "bon élève appliqué", et le résultat est de nouveaux ennuyeux à mourir. Ça se veut étrange, hors du commun dans le paysage télévisuel français, mais tout est plat. Et le problème, c’est que ce premier épisode (avec le huitième, qui m’a également séduit visuellement) est sans doute le plus réussi.
Le reste de la série ne fera que confirmer ce dont je redoutais : les créateurs de Lost Media n’ont pas compris grand-chose aux "lost media" ultra populaires en ligne (ou les creepypasta en général). Ça part dans tous les sens, et rarement le bon, et on se demande la plupart du temps ce qu’on regarde. Fausse émission de télé américaine; faux jeu télé (le deuxième épisode, dispo ci-dessous, est une catastrophe); fausse vidéo d’entreprise; faux live Twitch; ou fausse vidéo YouTube de Feldup (oui, oui…); Lost Media fait constamment fausse route.
Pour ne rien arranger, chaque épisode débute par un fil narratif pas vraiment subtil (il y est question de santé mentale, de patients, d’expérimentation, d’intelligence artificielle, et de tous les mots clés qui ont la cote en ce moment). Ce qui, d’entrée de jeu, casse la démarche de Hochet et Pastor. On n’y croit pas une seconde, d’autant que les deux acteurs qui discutent dans ces introductions sont immédiatement reconnaissables : il s’agit de Kad Merad et Enya Baroux. Et en matière de mystère, lost media ou de "vidéo étrange du web", disons qu’on a fait plus obscur.
En fait, c’est plutôt marrant, mais personne ne parle mieux des soucis de la série que Timothée Hochet lui-même. Dans une courte interview accordée à Lubie en Série, il décrit Lost Media comme du found footage, ce qui est le cas de deux épisodes, voire trois sur les huit. Mais ce n’est pas du tout du found footage à la Projet Blair Witch, Rec ou Cloverfield.
Quelques secondes plus tard, il cite à tour de bras les lost media (qu’il définit comme de vrais médias perdus, donc rien à voir avec la pirouette scénaristique de sa série), les infomercials (...), et les vidéos de Adult Swim (Too Many Cooks étant la plus connue dans ce style). Du coup, même si on est loin, très loin du résultat final visible sur Canal+, cette petite interview est la définition qui s’en rapproche le plus. Lost Media est un Gloubi-boulga indigeste qui recrache des références sans vraiment les comprendre. Un produit parfait pour Télérama (et son fameux "Monsieur Série"), qui n’hésite évidemment pas à qualifier le programme "d’ovni sidérant et cauchemardesque". Bref, on souffle. Fort.