Assassin's Creed Shadows
Ubisoft est de retour avec un nouvel Assassin's Creed. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ce jeudi 20 mars, Ubisoft proposera le quatorzième volet de la franchise Assassin's Creed. Ça fait une petite semaine que je suis dessus (sur PlayStation 5), et même si c'est clairement pas ma came, j'y ai joué pendant plusieurs dizaines d'heures, et j'ai des choses à dire. Bon, en réalité, j'ai déjà parlé longuement du jeu sur le site de la RTBF (parce que j'ai quand même un vrai travail à la base). J'y aborde plusieurs points que je ne vais pas reprendre ici, du coup je vous invite à y jeter un œil.
TL;DR, Assassin's Creed Shadows est un jeu malade et boursouflé, qui repose sur des fondations trop anciennes. À chaque nouvelle sortie, Ubisoft retravaille la formule. Parfois ça passe, parfois ça casse. Mais en 18 ans (le premier volet est sorti en 2007), la franchise n'a pas vraiment évolué : elle a muté. Comme une bête sauvage sur laquelle on expérimente. Au final, ça donne un truc difforme, qui part dans tous les sens. Et qui avale même les bonnes idées.
Car des bonnes idées, il y en a. Le Japon féodal en est une. Visuellement, sans être une claque, le jeu est très réussi. C'est beau, les différentes saisons sont parfaitement retranscrites, et les jeux de lumières ont franchement de la gueule (les petites balades en soirée, dans des villages isolés, c'est assez magique). Autre bonne idée : ces deux personnages jouables. Ce n'est pas la première fois qu'Assassin's Creed permet d'incarner deux personnages à la fois, mais la différence de gameplay entre Yasuke, le samouraï noir et Naoe, la ninja, est sympa (le premier est très rentre-dedans, tandis que la deuxième est plus discrète et agile). Je passe vite fait sur les gros racistes/mascus/misogynes de merde qui s'attaqueront au jeu simplement à cause de ces deux personnages : niquez-vous et sortez toucher de l'herbe. Enfin, je pointerai du doigt le mode "immersion", qui permet de profiter d'un doublage en version originale, avec du japonais d'un côté, et du portugais de l'autre (si vous avez vu l'excellente série Shōgun sur Disney+, ça devrait vous parler).


Ça, c'est pour les bons points. Qui sont, comme vous aurez pu le constater, peu nombreux, pour un jeu à 80 balles. Attention, le reste n'est pas honteux. C'est jouable, je n'ai pas rencontré énormément de bugs (on n'est pas sur un Star Wars Outlaws qui frôlait la catastrophe). Et j'ai parfois (mais très rarement) pris du plaisir. Mais dans l'ensemble, c'est terriblement ennuyeux, voire rébarbatif. Les missions ne sont pas divertissantes; ça parle énormément (on peut avancer les dialogues en appuyant sur rond, fort heureusement); et c'est rapidement répétitif. La formule Ubisoft est donc malheureusement appliquée à la lettre. Le monde ouvert est rempli artificiellement avec des quêtes annexes franchement inutiles. Et on passe la plupart du temps sur sa monture, à traverser des décors (jolis) pour rejoindre un point A à un point B en passant par un point C, D, E et F avant d'enfin arriver dans le vif de la mission (le plus souvent : tuer un gars).
À côté de ça, il y a tellement de décisions idiotes que parfois, je me demande si les développeurs sont aussi des gamers. Avec une carte aussi grande, pourquoi rendre les Kakurega payants ? Ces lieux, qui servent notamment de point de transfert, sont à débloquer avec de l'argent. Du coup, ça force le joueur à accepter des missions annexes encore plus ennuyeuses que les missions principales, pour gagner un peu de thunes et débloquer ces lieux qui éviteront de parcourir cette carte gigantesque avec un cheval qui va au ralenti (les moments où il galope sont tellement rares).
Pareil pour le système de niveau. Votre personnage gagne des XP en terminant des missions (mais aussi en priant, en faisant des offrandes, ou en découvrant de nouveaux lieux). Ce qui lui permet d'affronter des ennemis d'un niveau égal ou inférieur (ou légèrement supérieur, genre niveau 20 si vous êtes niveau 18, par exemple). Les ennemis plus puissants (disons niveau 40) vous tueront d'un simple coup de pied. C'est frustrant, mais ok, pourquoi pas. Là où ça devient ridicule, c'est que plusieurs de ces ennemis plus puissants sont ajoutés à la longue (loooongue) liste d'objectifs dès le début du jeu. Et il est tout à fait possible de se faufiler discrètement derrière eux (je pense notamment aux faux Yamabushi, qui se cachent un peu partout sur la map), et de les tuer en appuyant sur une seule touche. Une touche. Un petit R1 sur PlayStation, et hop, il tombe comme une merde. Ça n'a aucun sens. Et ça ruine un peu l'envie de faire progresser le personnage (heureusement, Yasuke et Naoe progressent en même temps).




Bref, on sent qu'il y a un vrai travail de la part des développeurs, et une certaine passion pour le projet. Il y a aussi, sans aucun doute, un jeu sympathique derrière tous les défauts connus des jeux Ubisoft, que le studio continue d'intégrer dans chacun de ses titres depuis une bonne dizaine d'années. Mais pour parvenir à la partie "fun" de Shadows, il faut se coltiner des heures de balades à cheval (et laissez-moi vous dire que, sept ans plus tard, on n'a toujours pas fait mieux que Red Dead Redemption II); des concepts inutiles (la méditation, les QTE lors de l'entraînement de Yasuke, la conception du refuge principal en mode Les Sims); des flashbacks interminables; des fetch quests avilissantes; et beaucoup de blabla (il y a même une option pour suivre automatiquement un personnage qui nous parle, en mode Aaron "Walk with me" Sorkin).
Tout ça est terriblement frustrant. Pour les joueurs (80 balles le jeu ça fait mal au cul), et j'imagine aussi pour les équipes. Ubisoft va mal, on le sait : financièrement mais aussi d'un point de vue critique (presse et joueurs). Et le récent procès des cadres pour harcèlement moral et sexuel n'arrange rien. Malheureusement, Assassin's Creed Shadows ne sera sans doute pas le jeu qui permettra aux équipes de sortir temporairement la tête hors de l'eau. Cerise sur un gâteau de merde : les trolls n'hésiteront pas à harceler les développeurs (incarner une femme ou un noir ?! En 2025 ?! Moi, pauvre petit incel de merde, je trouve ça inadmissible). Ubisoft le sait, et a prévu un "plan anti-harcèlement." Ouaip, on en est là.
Du coup, j'en suis ressorti déprimé, de ces heures passées dans ce Japon en 3D. Déprimé de l'état de l'industrie; du niveau intellectuel de certains joueurs; et de ces studios qui continuent à foncer droit dans le mur sans jamais se remettre en question. C'est censé être un jeu, et finalement ça n'avait rien de bien marrant.